Comment dépasser ses limites grâce au yoga?

Agrandir la zone de confort

La pratique des postures du hatha yoga -les asanas- place le corps dans des positions auxquelles il n’est pas habitué. D’autant plus pour l’homo sapiens sapiens sédentarisé, qui n’adopte guère que des variantes du trio assis – allongé – debout. La pratique posturale place le corps dans des positions inconnues, lui faisant exécuter des mouvements nouveaux: torsions, flexions avant et arrière, d’une amplitude jamais réalisée. Ainsi on va activer de nouvelles connections nerveuses et solliciter des muscles atrophiés.
Au lendemain d’un premier cours, un ami m’annonce: « je ressens des crampes dans des muscles dont je ne connaissais pas l’existence ». Ce qui était nouveau hier devient progressivement habituel. Par exemple, si en tendant les bras au maximum, j’attrape mes mollets, petit à petit, cette position deviendra habituelle. Depuis ce nouvel espace de confort je peu explorer, un peu plus loin en direction des chevilles. Je pourrai donc avancer d’un pouce, et puis avec le temps encore un peu, etc. Ainsi, j’ai gagné en capacité de mouvement en repoussant ma limite physique, agrandissant par conséquent ma zone de confort. Chaque séance de pratique va actualiser cette zone de confort, en allant simplement observer quelle est ma limite, et rester un instant sur la bordure, en suspens.

Déprogrammer les réactions automatiques

Psychologiquement, les blessures de notre histoire personnelle ont créé des blocages dans le corps. Pendant la pratique des asanas, ces blessures font surface sous la forme de résistance, de tensions. On va travailler ces zones de tension en plaçant une respiration profonde et consciente là où émergent les blocages, la douleur. En se confrontant ainsi, avec compassion, à nos limites, la pratique des asana nous amène à la rencontre de nous-même. D’abord, je prends conscience de mes limites, ensuite, je m’y habitue, c’est alors que cette limite cesse de m’affecter: ma zone de confort est repoussée. Dans le cas de nos blessures psychiques, ce travail de conscientisation nous amène à l’acceptation, la libération, par l’intermédiare d’un travail sur le corps.
Ce que l’on observe sur le plan physique arrive en miroir sur le plan psychique. Tout comme sur mon tapis j’ai observé jusqu’où mes bras pouvaient attraper mes jambes, dans la vie quotidienne je vais m’observer adopter une réaction spécifique à un certain stimulus. Par exemple, quel est mon comportement face au stress? Vais-je céder à la panique, devenir léthargique, me rebeller, … ? La pratique du yoga nous rends capable de créer un espace entre le stimulus et la réaction. Un espace dans lequel émerge d’abord la prise de conscience « je suis sous stress », puis viendra la liberté de choisir quelle est la réaction la plus adéquate. Cette capacité de choix nous amène à déprogrammer les fonctionnements automatiques que l’on a adoptés, qui sont établis majoritairement durant les 7 premières années de notre vie.

La puissance du souffle

Ainsi, ma zone de confort s’agrandit, je repousse mes limites physiques, je me libère de mes réactions automatiques. Tout ceci est un processus qui se fait de manière progressive, dans lequel un élément reste central: le souffle, ou plutôt, la pleine conscience du souffle.
En effet, la transformation n’est pas seulement dûe à l’amplitude nouvelle du mouvement, elle réside dans l’observation de la posture, dans la conscientisation des sensations physique place le yogi dans l’instant présent. Par l’observation de la respiration dans le corps entier, le yogi explore les sensations de tension, de légèreté. En allant allongeant l’expiration et l’inspiration, on découvre de nouveaux espaces intérieurs.
Je me rappelle encore la fin de ma première leçon d’ashtanga yoga, après plus d’une heure à m’accrocher au tempo soutenu mené par Claudia Pradella, quand me voici recroquevillé en Yogamudrasana. Ecoutant mon souffle, ressentant le flux de l’air remplir et vider mes poumons, comme si je buvais ma respiration. Le mental en suspens, le conscient absorbé dans l’observation du mouvement respiratoire, instant mystique? A la fin de cette leçon, mon esprit était vide, une sérénité que je n’avais jamais expérimentée émergeait, agréable, calme, lumineuse.

En pleine conscience

C’est la pleine conscience du corps, la pleine conscience de la respiration qui donne à cette pratique posturale un potentiel dépassant l’aspect physique. Sans çà, la pratique des asanas du yoga reste une simple gymnastique -d’ailleurs les « postures du yoga » sont souvent assimilées comme le « yoga » en son entier, alors relégué comme simple sport. L’observation du souffle développe cet espace de liberté dans lequel je choisis comment réagir, dans lequel j’observes mes sensations physiques, dans lequel le temps disparaît. Mystique, en effet: derrière la pleine conscience on lira « dharana »-concentration- et « dhyana »-méditation-, 6e et 7e membres du système Ashtanga exposé dans les Yoga Sutras de Patanjali. A suivre …

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